Bunker archéologie
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Paul Virilio (1932-2018), urbaniste et philosophe, déclarait que ses deux universités avaient été la guerre et l’art. Son œuvre écrite, traduite dans le monde entier, révèle les rapports entre nouvelles technologies, politique, image, société et vitesse. Il est le père de la dromologie.« Abandonnés sur le sable du littoral comme la mue d’une espèce disparue », les bunkers du Mur de l’Atlantique s’usent. Leur forme, leur modernité, leur identification à l’occupant allemand ont fait scandale. En 1975, à l’occasion de son exposition photographique Bunker Archéologie, Paul Virilio leur a consacré un livre auquel nous n’avons jamais cessé de nous référer. En étudiant l’architecture des bunkers en temps de paix, c’est la guerre qu’il scrute. En pensant l’espace militaire, c’est la paix qu’il interroge, notre besoin de chasser la peur, d’oublier. Pourquoi notre regard s’arrête si facilement sur les villas du bord de la mer et rejette si vite les vestiges sombres de l’histoire ? Parce que long et patient, le regard de Paul Virilio est purement archéologique. Parce que façonné derrière les fentes de visée, il devient de plus en plus aigu, de fait philosophique. Le fait est que « la guerre est rétrospective et prospective », comme les contributions inédites de la présente édition. Pour Peter Geimer, ce n’est pas le passé des bunkers qui fascine mais leur postérité. Les croquis réalisés par Paul Virilio dans les années 1960 rouvrent des chapitres écrits il y a plus de cinquante ans. Sophie Virilio, fille de Paul Virilio, retrace la genèse du livre, se saisit de son héritage et dessine les contours d’une triple filiation : par le sang, l’écriture et l’image.Près et loin d’ici, la guerre « est maintenant ». Totale et infinie.
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